Des médecins racontent les horreurs de leur détention

27 Déc

MANAMA – Des médecins chiites bahreïnis, libérés sous caution en attendant d’être rejugés pour des liens avec la contestation du régime, ne peuvent retenir leurs larmes lorsqu’ils rappellent leurs mois de torture.

Arrêtés dans la foulée de la répression de la révolte de février/mars animée par des chiites, majoritaires dans le pays dirigé par une dynastie sunnite, ces 20 professionnels de la santé sont accusés d’occupation du complexe hospitalier Salmaniya à Manama et de possession d’armes.

Ils ont été condamnés fin septembre par un tribunal d’exception à des peines allant jusqu’à 15 ans de prison, mais ils doivent être rejugés par un tribunal civil.

Rappelle-toi comment ils nous forçaient à nous boucher le nez et à chanter: +Pacifique, pacifique!+, le slogan des manifestations brutalement réprimées à la mi-mars par les autorités, dit le pédiatre Mahmoud Asghar à son collègue Ali Alekri, un chirurgien orthopédiste.

L’évocation de ces brimades fait sourire les autres médecins. Je me souviens aussi lorsque le gardien est venu et a appelé vos noms. J’ai remercié Dieu qu’il n’ait pas cité le mien, dit Ahmed Omrane, un médecin généraliste, à l’adresse de ses anciens compagnons de cellule.

Mais après ces anecdotes racontées sur le ton de la plaisanterie vient le temps des larmes quand ces professionnels de santé évoquent les horreurs vécues en prison.

Je ne peux pas parler, sanglote Nader Dawani en racontant comment il a été forcé de se tenir debout pendant sept jours, tout en étant battu à plusieurs reprises, principalement par une femme officier.

Elle était la plus dure. Elle me frappait avec un tuyau et des bâtons en bois, dont plusieurs se brisaient sur mon dos, ajoute ce frêle pédiatre de 54 ans. Ils ont essayé de m’enfoncer une bouteille par derrière, raconte-t-il en essuyant ses joues.

Les accusations de torture contre des dizaines de détenus chiites, dont les médecins, ont été confirmées dans un rapport publié en novembre par une commission d’enquête indépendante, selon laquelle cinq prisonniers ont succombé à ces violences.

Le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa a accepté ces conclusions et promis: Nous ne tolérons pas le mauvais traitement des détenus et des prisonniers.

Pour M. Dawani, les médecins ont été visés parce qu’ils avaient été témoins des crimes du régime.

Ainsi, plusieurs médecins chiites n’ayant pas été arrêtés, comme Taha al-Derazi, un chirurgien en neurologie, ont perdu leur emploi pour avoir été filmés lors d’une manifestation.

Toutes mes déclarations aux médias concernaient les blessés, insiste pourtant M. Alekri, ajoutant que des médecins avaient un moment manifesté pour protester contre le ministre de la Santé de l’époque, révoqué plus tard par le roi.

Nos slogans étaient clairs: limoger le ministre et ses collaborateurs pour avoir omis de défendre les médecins, arrêté le mouvement des ambulances et fourni de fausses informations sur le nombre de victimes, rappelle-t-il. Nous n’avons jamais appelé à la chute du régime.

Selon lui, les médecins ont besoin d’un organisme neutre et d’une instance judiciaire internationale pour les juger. Nous ne faisons pas confiance au système judiciaire de Bahreïn.

Nous sommes l’élite de Bahreïn. Ils veulent dire aux familles chiites aisées qu’ils peuvent les humilier, estime pour sa part Roula al-Saffar, chef de l’Assocition des infirmiers bahreïnis, qui a été détenue pendant cinq mois et qui encourt 15 ans de prison.

(©AFP / 23 décembre 2011 10h25)

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