Condamnés pour avoir soigné des blessés. Témoignage

13 Oct

Je suis une professionnelle de la santé travaillant à l’hôpital Salmaniya, le plus important de Bahreïn. Je suis mariée et j’ai un enfant.

Avant la révolution bahreïnite, ma vie était celle de toute mère qui travaille : mon travail et ma petite famille étaient mes principales préoccupations.

Mais la vie de toute personne connaît un tournant décisif, un jour qui ressemble à une tempête qui les frappe au coeur. Pour moi, ce fut le 17 février 2011.

Ce jour là, vers trois heures du matin, nous avons entendu dire que la police donnait l’assaut contre des manifestants au rond-point Pearl. Des blessés et des morts ne tardèrent pas à arriver à l’hôpital.

J’ai vu un homme de 60 ans dont la tête était en partie éclatée. Bouleversée et horrifiée, je me suis demandé ce qu’il avait bien pu faire pour recevoir de telles blessures.

Ce jour-là, ma vie a changé. J’ai été très touchée de voir les miens être traités comme des animaux.

Peu après, les arrestations ont commencé et je serrais mon fils dans mes bras chaque soir, dans la peur que mon tour arrive bientôt.

En avril, mes peurs sont devenues réalité et j’ai été enlevée de chez moi par plus de trente hommes cagoulés et armés, sous les yeux de mon fils, que j’ai été obligée de laisser seul.

J’ai subi des sévices physiques et psychologiques, j’ai eu les yeux bandés et les poignets menottés. Ils m’ont passée à tabac en me donnant des coups de poings, de pieds et de tuyaux, ainsi que des décharges électriques.

Ils ont menacé de me violer. Ils ont menacé de me tuer pour me faire avouer des choses fausses. J’ai été humiliée et agressée sexuellement.

Je me suis sentie seule et honteuse, j’étais effrayée. J’avais l’impression de revivre le même cauchemar, encore et encore. Pendant tout ce temps, je m’inquiétais de savoir qui nourrissait mon fils et s’occupait de lui.

Après 22 jours de prison, ils m’ont appelée pour me dire que j’allais être libérée sous caution.

Quand j’ai vu mon fils, nous sommes restés figés plusieurs minutes avant qu’il ne courre dans mes bras. Je l’ai serré contre moi en sanglotant.

Les premières semaines après ma libération ont ressemblé à un film d’horreur. J’avais l’impression que quelqu’un pouvait me poignarder dans le dos à tout instant. Tous les soirs, au coucher du soleil, je me mettais à pleurer et je n’arrivais pas à dormir avant le matin, de peur d’être à nouveau arrêtée.

Puis a commencé l’enfer du tribunal militaire. Durant les premières audiences, nous étions en état de choc et ne pouvions pas croire que le pouvoir persistait encore dans cette tragédie en portant contre nous des chefs d’accusations complètement invraisemblables.

Lors de l’audience finale du 29 septembre, ils nous condamneront. Je crois qu’ils savent que nous sommes innocents mais, de toute façon, ils nous condamneront. Il s’agit d’un acte politique destiné à envoyer un message.

Si c’était à refaire, je ferais malgré tout mon devoir à l’hôpital pour sauver les blessés, quelle que soit leur histoire.

J’aimerai toujours mon pays et son peuple qui me rend fière d’être bahreïnite.

J’attends patiemment, j’ai la foi. J’ai foi en la vérité, qui finit toujours par vaincre et par être révélée, quel que soit le temps que cela prend. La seule chose qui me fasse vaciller est de ne pas pouvoir regarder mon fils grandir sous mes yeux et la peur qu’il m’oublie si je devais être emprisonnée de nombreuses années.

Que Dieu vienne en aide à notre groupe, ainsi qu’au peuple bahreïnite.

 

Amnesty International – 12/10/2011 09:05:00

Cette note a été rédigée avant que son auteure et 19 autres professionnels de la santé ne soient condamnés à des peines de prison par le Tribunal de première instance pour la sûreté nationale de Bahreïn, ce 29 septembre.

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